05 · Santé et premiers secours
Les gestes qui comptent quand les secours tardent
Les premières minutes après un accident appartiennent à ceux qui sont sur place. Quand le réseau est saturé, la route coupée ou l'hélicoptère cloué au sol, ces minutes deviennent des heures. Voici les gestes enseignés en France aujourd'hui, et ce qu'on fait ensuite quand personne ne vient.
Tout ce qui suit reprend les recommandations du référentiel national de Premiers Secours Citoyen (PSC), celui qu'enseignent la Croix-Rouge, la Protection civile et les sapeurs-pompiers. Savoir dans quel ordre agir évite déjà la moitié des erreurs.
L'ordre des choses : protéger, examiner, alerter, secourir
Le premier réflexe n'est pas de courir vers la victime. C'est de regarder autour. Une voiture en travers d'une route de montagne, une ligne électrique tombée, un feu qui couve, une pente instable : un sauveteur blessé fait deux victimes au lieu d'une. On supprime le danger si on peut le faire sans risque (couper le contact, baliser, éloigner les curieux). Si c'est impossible, et seulement dans ce cas, on dégage la victime.
Vient ensuite l'examen, rapide. Saigne-t-elle abondamment ? Répond-elle quand on lui parle, serre-t-elle la main quand on le lui demande ? Respire-t-elle normalement ? Ces trois questions orientent tout le reste.
Puis l'alerte. Le 15 joint le SAMU, le 18 les pompiers, le 112 fonctionne partout dans l'Union européenne. Les personnes sourdes, malentendantes ou aphasiques utilisent le 114, joignable par SMS, par tchat, par visio ou par l'application Urgence 114, gratuitement et à toute heure. Au téléphone, on donne le lieu précis, ce qui s'est passé, le nombre de victimes, leur état et les gestes déjà faits, puis on attend qu'on nous dise de raccrocher. Si quelqu'un d'autre est présent, il appelle pendant que vous agissez.
Une hémorragie : appuyer, fort et longtemps
Un saignement qui imbibe un vêtement, qui coule en flot ou en jet, ne s'arrête pas tout seul. Le geste de base est la compression directe : on appuie fermement sur la plaie avec la main, protégée par un gant, un sac plastique ou à défaut un tissu propre. On allonge la victime et on ne relâche pas. Si l'on doit se libérer les mains, un tampon de tissu maintenu par un lien serré (le pansement compressif) prend le relais.
Le garrot a longtemps été présenté comme un geste de dernier recours, presque interdit. Ce n'est plus le cas. Le référentiel PSC le prévoit pour une hémorragie d'un membre lorsque la compression directe est inefficace ou impossible : plaie inaccessible, corps étranger dans la plaie, plusieurs blessés à gérer seul. On le place entre la plaie et la racine du membre, quelques centimètres au-dessus de la blessure, jamais sur une articulation. On serre jusqu'à l'arrêt du saignement. Puis on note l'heure de pose, sur la peau au feutre ou sur le garrot lui-même, et on ne le desserre plus : c'est l'équipe médicale qui le retirera.
Les références techniques les plus récentes recommandent un garrot de fabrication industrielle, avec tige ou cliquet de serrage et une sangle large. Un garrot improvisé serre mal, un lien de prise de sang est à proscrire. Posez-en un une fois sur votre propre cuisse : on découvre la force qu'il faut pour stopper le flux, et que la douleur est normale.
Inconsciente mais elle respire : la position latérale de sécurité
Une personne qui ne réagit pas mais respire normalement risque surtout d'étouffer sur le dos, avec sa langue ou ses vomissements. On bascule d'abord doucement sa tête en arrière en soulevant le menton pour libérer les voies aériennes, on regarde, écoute et sent sa respiration pendant dix secondes au plus. Si elle respire, on la tourne sur le côté.
- Retirer ses lunettes, rapprocher ses jambes, placer le bras situé de votre côté à angle droit du corps, coude plié, paume vers le haut.
- Prendre son autre main et en plaquer le dos contre son oreille, de votre côté. La garder ainsi.
- De l'autre main, relever sa jambe opposée en la saisissant derrière le genou, pied au sol.
- Tirer sur cette jambe pour la faire rouler vers vous d'un seul bloc, puis dégager doucement votre main de sous sa tête.
- Ajuster la jambe du dessus pour que hanche et genou forment un angle droit, et ouvrir sa bouche sans bouger la tête.
Ensuite on alerte, on la couvre et on vérifie sa respiration en permanence. Si elle cesse de respirer normalement, on la remet sur le dos et on passe au massage.
Inconsciente et elle ne respire pas : masser sans attendre
Pas de respiration, ou seulement des mouvements rares et bruyants (les gasps), c'est un arrêt cardiaque. On alerte immédiatement, ou on fait alerter, et on demande qu'on apporte un défibrillateur automatisé externe (DAE). Puis on masse : talon de la main au centre de la poitrine, l'autre main par-dessus, bras tendus, épaules à l'aplomb. On enfonce le sternum de 5 à 6 cm, à un rythme de 100 à 120 compressions par minute, en laissant la poitrine remonter complètement entre chaque pression. Si on sait le faire, on alterne 30 compressions et 2 insufflations ; sinon, des compressions continues valent bien mieux que rien.
Le DAE se met en marche et parle. On colle les électrodes comme dessiné dessus, on ne touche plus la victime quand l'appareil le demande, et on reprend les compressions tout de suite après le choc. Masser deux minutes épuise. À deux, on se relaie à chaque analyse du défibrillateur. On ne s'arrête qu'à l'arrivée des secours ou si la victime se remet à respirer normalement.
Soyons lucides : loin de tout, sans défibrillateur, les chances de survie restent faibles même avec un massage parfait. Raison de plus pour repérer les DAE de son secteur, pas pour renoncer à masser.
Étouffement : cinq claques, cinq compressions
Une personne qui s'étouffe vraiment ne peut plus parler, ni tousser efficacement, ni respirer. Elle porte souvent les mains à sa gorge. Si elle tousse encore fort, on l'encourage à tousser et on ne tape pas.
Sinon, on se place sur le côté et légèrement en arrière, on la penche en avant en soutenant sa poitrine et on donne jusqu'à cinq claques vigoureuses dans le dos, entre les omoplates, avec le plat de la main. On vérifie après chacune si l'objet est sorti. Si rien ne vient, on passe derrière elle pour jusqu'à cinq compressions abdominales : poing fermé au creux de l'estomac, entre le nombril et le bas du sternum, l'autre main par-dessus, et on tire franchement vers soi et vers le haut. On alterne les deux séries tant que l'obstruction persiste. Chez une femme enceinte ou une personne dont on ne peut pas encercler le ventre, les compressions se font sur la poitrine. Si la victime perd connaissance, on l'allonge, on alerte et on commence le massage cardiaque. Le nourrisson se traite autrement, à plat ventre sur l'avant-bras : c'est typiquement le genre de geste qu'on apprend les mains sur un mannequin.
Brûlure : de l'eau, et du temps
On refroidit tout de suite sous l'eau courante tempérée, entre 15 et 25 °C, en laissant couler l'eau au-dessus de la brûlure pour qu'elle ruisselle dessus sans jet direct. Pendant au moins 10 minutes, idéalement 20. L'eau glacée et la glace sont à éviter. Pendant ce temps, on retire vêtements et bijoux qui ne collent pas à la peau, avant que ça gonfle. Jamais de beurre, d'huile ni de dentifrice, et on ne perce pas les cloques.
Une brûlure est grave, et justifie le 15, dès qu'il y a des cloques sur une surface plus grande que la moitié de la paume de la victime, un aspect blanchâtre ou noirâtre, ou qu'elle touche le visage, le cou, les mains, une articulation ou la zone génitale. Chez un petit enfant, on surveille qu'un long arrosage ne le refroidisse pas trop. Même quand l'eau est rationnée, c'est l'un des meilleurs usages qu'on puisse en faire.
La trousse : moins de gadgets, plus de connaissance
Les trousses du commerce sont souvent pleines de petits pansements et vides de ce qui sauve. Voici une base réaliste pour un foyer ou un véhicule :
- plusieurs paires de gants, des compresses stériles, des bandes et du sparadrap ;
- un ou deux pansements compressifs d'urgence et un garrot industriel ;
- des unidoses de sérum physiologique et un antiseptique incolore (chlorhexidine) ;
- des ciseaux à bout rond, une pince à écharde, un thermomètre ;
- une couverture de survie, des sachets de solution de réhydratation orale ;
- du paracétamol, un carnet et un crayon pour noter heures et observations ;
- une lampe frontale, parce que les accidents aiment la nuit.
Le contenu compte moins que la familiarité avec lui. Ouvrez votre trousse une fois par an, vérifiez les dates, et sortez le garrot de son emballage pour le manipuler. Un matériel qu'on découvre sous le stress, on l'utilise mal.
Les traitements personnels, le vrai point faible
En cas de coupure prolongée, ce sont rarement les blessures spectaculaires qui posent problème. C'est l'insuline qui se réchauffe, l'antiépileptique qui manque, l'inhalateur vide. Pour chaque traitement vital du foyer, parlez avec votre médecin et votre pharmacien d'une petite avance raisonnable et de la façon de la faire tourner pour ne pas stocker des boîtes périmées. Gardez une copie papier des ordonnances et la liste des traitements, dosages et allergies de chacun dans la trousse. Pour un produit à garder au frais, la notice indique combien de temps il tolère la température ambiante.
Quand l'isolement dure
Si les secours ne peuvent pas venir avant des heures, le travail change de nature. On surveille. Toutes les dix ou quinze minutes au début, on note sur le carnet l'heure, l'état de conscience, la respiration, la couleur de la peau, la douleur. Ces notes montrent si la situation se dégrade. Une victime qui devient pâle, froide, agitée ou somnolente après une hémorragie s'aggrave : on l'allonge, on la couvre et on rappelle les secours.
Pour une plaie simple, on se lave les mains, on nettoie à l'eau potable et au savon, on rince abondamment, puis on couvre avec un pansement propre qu'on change chaque jour ou dès qu'il est souillé. Une plaie profonde, qui bâille, mordue ou très sale mérite un avis médical dès que possible, même tardif. Et un vaccin antitétanique à jour vaut toutes les trousses du monde : en France, les rappels de l'adulte se font à 25, 45 et 65 ans, puis tous les 10 ans.
Il faut savoir reconnaître une infection qui démarre : une rougeur qui s'étend au lieu de diminuer, une chaleur, un gonflement, une douleur qui augmente au deuxième ou troisième jour, du pus, de la fièvre. Une traînée rouge qui remonte le long du membre est un signal d'alarme : il faut obtenir un avis médical par tous les moyens, y compris en rappelant le 15, qui peut conseiller à distance.
Sept heures qui changent tout
Imaginez un vététiste qui chute sur une piste isolée, avec une coupure profonde à la cuisse. Si deux personnes du groupe ont fait le PSC1, l'une appuie sur la plaie pendant que l'autre appelle en donnant la position exacte. Personne ne crie, personne n'hésite. Et quand les secours mettent quarante minutes à arriver, ces quarante minutes ont été utiles.
La formation PSC1 dure environ sept heures et coûte quelques dizaines d'euros auprès de la Croix-Rouge, de la Protection civile ou d'une union départementale de sapeurs-pompiers. On y pratique le massage sur mannequin, la PLS sur un partenaire, les claques dans le dos, l'utilisation d'un défibrillateur d'entraînement. Inscrivez-vous, et emmenez quelqu'un de votre foyer : c'est vous qui aurez peut-être besoin de lui.
