06 · Hygiène et assainissement

Hygiène en autonomie, éviter la maladie de trop

Dans une situation dégradée, ce n'est pas la faim qui met le plus vite une famille à terre, c'est la diarrhée. Une main mal lavée, un seau mal placé, et en trois jours tout le monde est malade avec une eau déjà comptée. L'hygiène est le poste le moins spectaculaire d'une préparation, et l'un de ceux qui rapportent le plus.

Les humanitaires le savent depuis longtemps : dans les camps et après les catastrophes, les maladies liées à l'eau souillée et aux excréments figurent parmi les premières causes de maladie. Le mécanisme est toujours le même. Des germes présents dans les selles passent par les mains, la nourriture, l'eau ou les mouches jusqu'à la bouche de quelqu'un d'autre. Tout ce qui suit consiste à couper ce trajet à plusieurs endroits à la fois.

Se laver les mains avec presque rien

L'Assurance maladie recommande de frotter les mains au savon pendant au moins 30 secondes ; l'OMS compte 40 à 60 secondes pour l'ensemble du lavage, rinçage et séchage compris. Ce qui compte, c'est la friction, pas le volume d'eau. Paumes, dos des mains, entre les doigts, pouces, bout des doigts et ongles, poignets. On mouille, on coupe l'eau, on savonne et on frotte, puis on rince.

La règle qui change tout : on ne se lave jamais les mains dans une bassine commune. Une cuvette où chacun trempe ses mains à tour de rôle devient un bouillon de culture en quelques heures. Il faut de l'eau qui coule et qui part. Deux dispositifs simples font l'affaire. Le bidon à robinet, posé sur une table au bord d'un seau, est le plus confortable. Le tippy tap, bidon suspendu à une barre et incliné par une ficelle reliée à une pédale au sol, verse un filet d'eau sans qu'on touche quoi que ce soit avec les mains sales. Un bidon de 5 litres suffit à une famille pour une bonne partie de la journée.

Le savon ordinaire en pain est le meilleur choix : il se conserve des années, ne gèle pas et ne fuit pas. Suspendu dans un bas de collant au-dessus du point de lavage, il ne traîne pas dans la boue. Le gel hydroalcoolique dépanne sur des mains visiblement propres, mais il ne remplace pas le savon sur des mains souillées. Sans savon du tout, les humanitaires se rabattent sur la cendre de bois pour frotter, faute de mieux.

Les moments qui comptent : après être allé aux toilettes, après avoir changé un enfant ou aidé un malade, avant de préparer à manger, avant de manger, avant de toucher une plaie.

Eau de boisson, eau propre, eau grise

Quand chaque litre se transporte à la main, il faut arrêter de traiter toute l'eau de la même façon. On distingue trois usages. L'eau de boisson, potable ou traitée, sert à boire, à cuisiner, à se brosser les dents et au lavage des mains avant les repas. L'eau propre mais non traitée, comme l'eau de pluie récupérée, suffit pour la toilette et la vaisselle. L'eau grise, celle de la vaisselle ou de la toilette, sert encore à nettoyer les sols ou à rincer un seau de toilette.

Chaque catégorie a ses récipients, identifiés de façon impossible à confondre, même la nuit et par un enfant : couleurs différentes, étiquettes, et jamais l'eau de boisson dans un bidon qui a contenu autre chose. L'eau de boisson se puise avec une louche ou se verse, on n'y plonge ni les mains ni les tasses.

Quand la chasse ne fonctionne plus

Si l'eau est coupée mais que les égouts fonctionnent, on peut encore vider un seau d'eau grise d'un coup dans la cuvette pour l'évacuer. En revanche, si le réseau d'assainissement est endommagé, en cas d'inondation ou si la commune demande de ne plus l'utiliser, on ne tire plus la chasse. Les eaux usées refouleraient chez vous ou chez les voisins du dessous.

La solution la plus simple à la maison est le seau à double sac. Un seau solide de 15 à 20 litres, garni de deux sacs poubelle épais glissés l'un dans l'autre, avec une lunette de toilette posée dessus ou un abattant de récupération. Au fond, une couche de matière sèche. Après chaque passage, on recouvre les selles d'une bonne poignée de sciure, de copeaux, de litière pour chat ou de cendre de bois froide. La matière sèche absorbe l'humidité, limite fortement l'odeur et éloigne les mouches. Le couvercle reste fermé entre deux usages.

Toilette sèche sur seau Coupe d'un seau servant de toilette. Deux sacs glissés l'un dans l'autre garnissent le seau et sont rabattus sur le bord. Au fond, une couche de sciure. Au-dessus, les matières, recouvertes à leur tour d'une couche de sciure. Une lunette est posée sur le bord du seau et un couvercle vient fermer l'ensemble entre deux usages. Couvercle Lunette Double sac Sciure Matières Sciure au fond
Une poignée de matière sèche après chaque passage, le couvercle toujours fermé. Le sac se ferme et se change aux deux tiers.

On change le sac quand il est rempli aux deux tiers, pas plus : un sac plein à ras bord est lourd et se déchire. On ferme d'abord le sac intérieur, puis l'extérieur, avec des gants, et on le stocke dans une poubelle à couvercle, à l'extérieur, à l'ombre et hors de portée des animaux, en attendant les consignes de la commune sur leur ramassage. Ces sacs ne vont ni au compost du jardin ni dans une haie.

Beaucoup de familles gagnent en confort en séparant les urines : un second seau ou une simple bouteille pour les hommes. Le seau des selles se remplit alors bien moins vite et sent beaucoup moins. Prévoyez aussi du papier toilette en quantité et un point de lavage des mains juste à côté, sinon personne ne s'en servira.

Dehors : latrines et trou de chat

Si la situation dure et que vous disposez d'un terrain, une latrine en tranchée ou en fosse devient plus pratique que des sacs. Le manuel Sphère, référence des organisations humanitaires, place toute fosse ou tranchée à au moins 30 mètres d'une source d'eau souterraine, puits ou captage, avec un fond situé au moins 1,5 mètre au-dessus de la nappe. Par rapport à un puits ou une source, on la met en contrebas. Au bord d'une rivière, on s'installe en aval de l'endroit où l'on puise, loin de la berge et hors de la zone inondable. Chaque usage est recouvert d'une pelletée de terre. On la comble et on la signale avant qu'elle soit pleine.

Plan d'un campement vu de dessus Une rivière coule de gauche à droite en haut du plan. La prise d'eau est placée en amont, à gauche. La zone de vie est installée en retrait de la berge. Les latrines sont placées en aval, à droite, à au moins 30 mètres de l'eau. La zone des déchets est à l'écart, entre la zone de vie et les latrines, loin de la rivière. amont courant aval Prise d'eau Zone de vie Déchets Latrines 30 m min.
La prise d'eau en amont, les latrines en aval et à distance de la berge, les déchets à l'écart. Un point de lavage des mains se place à la sortie des latrines.

En pleine nature, pour quelques jours, le trou de chat suffit. Les principes Leave No Trace demandent de creuser à 15 à 20 cm de profondeur, dans la couche de terre vivante où les selles se décomposent le plus vite, et à environ 60 mètres, soit 70 grands pas, de tout point d'eau, du camp et des sentiers. On rebouche et on camoufle. Le papier et les protections hygiéniques repartent dans un sac, ils ne s'enterrent pas.

Déchets et nuisibles

Les ordures qui s'accumulent attirent mouches, rats et chiens errants, qui transportent ensuite les germes jusqu'à la table. Si le ramassage s'arrête, on réduit le volume à la source (moins d'emballages, restes alimentaires réduits au minimum), on sépare les déchets de cuisine dans un bac hermétique et on stocke le reste dans des sacs fermés, à l'extérieur, surélevés ou dans des poubelles à couvercle lesté. Les épluchures peuvent aller au compost s'il est bien couvert et entretenu, jamais les restes de viande ni les excréments. Le brûlage à l'air libre des déchets est interdit en France et dégage des fumées toxiques : ce n'est pas une solution. Autour de la cuisine, on garde les aliments dans des boîtes fermées et on lave la vaisselle aussitôt, à l'eau chaude si possible.

Le corps, à l'économie

Une toilette complète tient dans une bassine de 3 ou 4 litres d'eau tiède et un gant : on commence par le visage et on finit par les pieds puis les parties intimes, sans revenir en arrière. On insiste sur les plis, les aisselles et l'entrejambe, là où les mycoses et les irritations s'installent en premier. Des lingettes permettent de tenir quelques jours, pas plus.

Pour les dents, un demi-verre d'eau potable suffit : brossage à sec avec un peu de dentifrice, une gorgée pour rincer la brosse, une autre pour la bouche. Le fil dentaire ne coûte pas d'eau. Une rage de dents sans dentiste pendant des semaines est une perspective à prendre au sérieux, et l'hygiène dentaire en est la seule prévention.

L'hygiène menstruelle se prévoit dans le stock, et pas seulement en serviettes jetables. Une coupe menstruelle ou des serviettes lavables réduisent le volume à stocker et les déchets. La coupe se rince à chaque vidange et se stérilise à l'eau bouillante entre deux cycles ; les serviettes lavables demandent un seau de trempage fermé et un séchage au soleil. On change les protections plusieurs fois par jour, toujours avec des mains propres.

Les pieds, enfin, sont vos jambes pour les semaines à venir. Il suffit de garder ses chaussettes humides pour dormir quelques nuits de suite pour qu'un marcheur solide se retrouve immobilisé par des ampoules infectées. On sèche ses pieds chaque soir, entre les orteils compris, on change de chaussettes, on coupe les ongles droit et on traite une ampoule dès qu'on la sent chauffer. Des pieds restés trempés plusieurs jours peuvent développer un pied d'immersion, douloureux et long à guérir.

Quand la diarrhée arrive quand même

Le danger d'une diarrhée, surtout chez un enfant ou une personne âgée, c'est la déshydratation. La réponse est la réhydratation orale : des sachets de solution de réhydratation vendus en pharmacie, à diluer exactement dans le volume d'eau indiqué, sont la meilleure option et méritent une place dans chaque trousse.

À défaut, l'OMS donne une recette de dépannage : dans un litre d'eau potable, six cuillères à café rases de sucre et une demi-cuillère à café rase de sel, bien mélangés. Des cuillères rases, pas bombées : trop de sel aggrave la situation. On fait boire par petites gorgées fréquentes, même en cas de vomissements, et on garde la préparation au frais pas plus d'une journée. On continue à nourrir normalement, l'allaitement aussi.

Certains signes demandent un avis médical sans attendre, par le 15 si besoin : un nourrisson ou un jeune enfant qui boit mal, du sang dans les selles, une forte fièvre, une personne très abattue, qui n'urine presque plus ou dont la bouche est sèche et les yeux creusés.

Pendant ce temps, le malade a ses toilettes à lui si possible, et celui qui le soigne se lave les mains après chaque contact. Le jour où la première diarrhée apparaît, installez le bidon à robinet et le savon avant même de chercher les sachets : c'est là que la contagion se gagne ou se perd.

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