07 · Orientation et navigation

S'orienter sans GPS : carte, boussole et soleil

Un téléphone fait un excellent GPS jusqu'au moment où il s'éteint, perd le réseau ou affiche un point bleu qui saute de cent mètres. La carte et la boussole, elles, ne tombent jamais en panne. Encore faut-il savoir s'en servir avant d'en avoir besoin.

La plupart des gens qui se perdent en randonnée avaient un téléphone dans la poche. Le problème n'est pas l'outil, c'est la dépendance. Un smartphone qui affiche une carte en continu, écran allumé, par 3 °C, peut vider sa batterie en une demi-journée. Les applications qui n'ont pas téléchargé les fonds de carte à l'avance n'affichent plus qu'un point sur fond gris dès que le réseau disparaît. Et le signal GPS lui-même reste fragile : fond de vallée encaissé, forêt dense, brouillage volontaire dont on entend parler de plus en plus près des zones de conflit ou d'installations sensibles.

Le téléphone reste un bon complément. Mais la navigation de base doit tenir sans lui, et elle s'apprend en quelques sorties.

La carte topographique, votre premier outil

En France, la référence reste la carte IGN au 1:25 000 (les séries TOP 25 et la série bleue). À cette échelle, 1 cm sur la carte vaut 250 m sur le terrain, et 4 cm font un kilomètre. C'est le bon compromis : assez de détail pour voir un sentier, une ruine, une source ou une ligne électrique, assez de surface pour couvrir une journée de marche.

Le plus difficile au début, ce sont les courbes de niveau. Chaque courbe relie les points de même altitude. L'écart vertical entre deux courbes, l'équidistance, est indiqué dans la marge de la carte : souvent 5 m en plaine, 10 m en montagne, avec une courbe maîtresse plus épaisse toutes les cinq courbes. Des courbes serrées signalent une pente raide, des courbes espacées un terrain doux. Un V dont la pointe remonte vers les altitudes élevées dessine un thalweg (un creux, souvent avec un ruisseau). Un V qui pointe vers le bas dessine une croupe. Savoir distinguer les deux évite de descendre le mauvais versant dans le brouillard.

Prenez le temps de lire la légende une fois, chez vous, carte dépliée sur la table. Les symboles des sources, des chemins carrossables, des sentiers et des limites de forêt ne sont pas intuitifs, et la marge contient aussi la déclinaison magnétique et le quadrillage kilométrique.

Côté préparation, ayez en papier les cartes de votre zone de vie et de vos itinéraires d'évacuation possibles, pas seulement celles de vos lieux de randonnée. Trois ou quatre feuilles couvrent en général un canton. Rangez-les dans une pochette étanche, et tracez-y au crayon vos points utiles : points d'eau, abris, itinéraires de repli.

La boussole à plaquette

Pour la navigation à pied, la boussole à plaquette (ou boussole de randonnée) est la plus simple et la plus polyvalente. Elle se compose d'une plaquette transparente portant une flèche de direction, d'un cadran rotatif gradué de 0 à 360 degrés, d'une aiguille aimantée dont la pointe nord est en général rouge, et d'une flèche d'orientation dessinée au fond du cadran, entourée de lignes parallèles.

Les éléments d'une boussole à plaquette Boussole à plaquette vue de dessus. En haut de la plaquette, la flèche de direction indique où marcher. Au centre, le cadran rotatif gradué contient la flèche d'orientation, en forme de maison, et des lignes d'orientation parallèles. L'aiguille aimantée, pointe nord rouge, est alignée à l'intérieur de la flèche d'orientation : c'est la position « aiguille dans la maison » qui permet de suivre l'azimut réglé. flèche de direction cadran gradué aiguille, nord rouge flèche d'orientation l'aiguille dans la maison
Une fois l'azimut réglé, on tourne sur soi jusqu'à ce que la pointe rouge de l'aiguille se loge dans la flèche d'orientation. La flèche de direction indique alors le cap à suivre.

Orienter la carte

Avant toute chose, orientez la carte, c'est-à-dire tournez-la pour que son nord corresponde au nord du terrain. Posez la boussole sur la carte, réglez le cadran sur 0 (N face à la flèche de direction), alignez le bord de la plaquette avec un trait vertical du quadrillage, puis tournez l'ensemble carte et boussole jusqu'à ce que l'aiguille rouge soit dans la maison. La route à votre droite est désormais à droite sur la carte aussi. Ce geste simple suffit souvent à lever le doute à un carrefour.

Prendre et suivre un azimut

L'azimut est l'angle entre le nord et la direction à suivre, mesuré dans le sens des aiguilles d'une montre. Pour le prendre sur la carte, posez le bord de la plaquette sur la ligne qui relie votre position à votre destination, flèche de direction vers la destination. Tournez le cadran jusqu'à ce que ses lignes d'orientation soient parallèles aux lignes nord de la carte, flèche d'orientation vers le haut de la carte. Lisez la valeur au repère : c'est votre azimut.

Ensuite, rangez la carte. Tenez la boussole à plat, devant vous, à hauteur de ceinture, et tournez sur vous-même jusqu'à mettre l'aiguille dans la maison. Visez au loin un repère fixe dans l'axe de la flèche de direction (un arbre isolé, un rocher), marchez jusqu'à lui, recommencez. Ne marchez pas les yeux rivés sur l'aiguille : vous déviez plus qu'en allant de repère en repère.

L'erreur classique consiste à faire tourner l'aiguille avec le cadran, ou à tenir la boussole près d'un objet métallique. Une lampe frontale, un couteau, la carcasse d'une voiture ou un téléphone suffisent à fausser la lecture de plusieurs degrés.

La déclinaison magnétique

L'aiguille pointe vers le nord magnétique, pas vers le nord du quadrillage de la carte. L'écart s'appelle la déclinaison. En France métropolitaine, elle est aujourd'hui très faible : de l'ordre de 1° ouest à la pointe de la Bretagne jusqu'à 2 à 3° est en Alsace, et elle augmente vers l'est d'environ un dixième de degré par an. Un degré d'erreur décale d'environ 17 m par kilomètre parcouru. Sur quelques kilomètres, on peut donc la négliger en pratique, mais pas sur une longue traversée. La valeur imprimée sur une carte ancienne est sans doute dépassée ; l'IGN met à disposition un calculateur de déclinaison pour une date et un lieu donnés.

Les techniques de terrain

La boussole donne une direction, pas une position. Sur le terrain, trois techniques font la différence entre suivre un cap et arriver quelque part.

La ligne d'arrêt d'abord. Avant de partir sur un azimut, repérez sur la carte un élément linéaire impossible à manquer au-delà de votre objectif : une route, un ruisseau, une lisière, une ligne à haute tension. Si vous la touchez, vous êtes allé trop loin. Vous savez où vous êtes, il suffit de revenir.

La visée volontairement décalée, que les orienteurs appellent aiming off, ensuite. Vous cherchez un pont sur un ruisseau, au milieu d'une forêt. Si vous visez le pont pile, vous arriverez au ruisseau sans savoir s'il est à gauche ou à droite. Visez délibérément 10 à 15° à gauche : en touchant le ruisseau, vous savez qu'il faut le longer vers la droite.

Le comptage des pas enfin. Mesurez chez vous une distance de 100 m sur terrain plat (un stade, une route avec bornes) et comptez vos doubles pas, un à chaque fois que le même pied touche le sol. Un adulte en fait en général entre 60 et 70. Refaites l'exercice en montée, en descente et en sous-bois : le chiffre augmente nettement. Notez vos valeurs au dos de la boussole. Pour ne pas perdre le compte, faites un nœud dans une cordelette ou passez un caillou d'une poche à l'autre tous les 100 m.

En raquettes sur un haut plateau, le brouillard peut tomber en une vingtaine de minutes. Plus de relief visible, plus de traces. Dans ces conditions, ce qui ramène à la cabane, ce n'est pas le téléphone (resté dans le sac, glacé), c'est un azimut pris avant la purée de pois et un compte de pas tenu à voix haute, à deux.

Sans boussole : le soleil et les étoiles

Ces méthodes sont moins précises, de l'ordre de 10 à 20°, mais suffisent pour tenir une direction générale ou vérifier qu'on ne marche pas à l'opposé.

Le lever et le coucher du soleil

Le soleil ne se lève plein est et ne se couche plein ouest qu'aux équinoxes, fin mars et fin septembre. En France, au solstice d'été, il se lève au nord-est et se couche au nord-ouest. En hiver, il se lève au sud-est et se couche au sud-ouest. Retenir « est le matin » sans tenir compte de la saison peut donc vous tromper de 30 à 40°.

La méthode de la montre

Avec une montre à aiguilles, ou en dessinant le cadran au sol d'après l'heure d'un écran, on trouve le sud. Tenez la montre à plat et pointez la petite aiguille vers le soleil. Le sud se trouve sur la bissectrice de l'angle formé par la petite aiguille et le repère de midi solaire. En France, l'heure légale avance sur l'heure solaire : d'environ une heure en hiver (UTC+1), d'environ deux heures en été (UTC+2). Le repère à utiliser est donc le 1 du cadran (13 h) en heure d'hiver et le 2 (14 h) en heure d'été. Avant midi solaire, la bissectrice se prend dans l'autre sens, du côté court de l'angle.

Trouver le sud avec une montre à aiguilles Cadran de montre tenu à plat, en heure d'hiver, à 16 h. La petite aiguille pointe vers le 4 et vers le soleil, situé au sud-ouest. Une ligne pointillée part du centre vers le 1, qui correspond à 13 h, repère du midi solaire en hiver. La bissectrice entre la petite aiguille et le 1 passe entre le 2 et le 3 : elle indique le sud. En heure d'été, on utilise le 2, qui correspond à 14 h. 16 h, heure d'hiver 12 repère 13 h SUD soleil été : bissectrice avec 14 h
À 16 h en hiver, la petite aiguille vise le soleil ; la bissectrice entre elle et le 1 donne le sud. En heure d'été, on prend le 2 comme repère.

La méthode devient très imprécise autour de midi solaire en été, quand le soleil est haut dans le ciel, et varie aussi selon votre longitude : le midi solaire arrive plus tôt à Strasbourg qu'à Brest, d'environ trois quarts d'heure. Voyez-la comme une vérification, pas comme un cap.

L'étoile Polaire

La nuit, dans l'hémisphère nord, l'étoile Polaire indique le nord à moins d'un degré près. Elle n'est pas particulièrement brillante, il faut donc la retrouver à partir de la Grande Ourse, la grande « casserole » de sept étoiles. Prenez les deux étoiles qui forment le bord extérieur de la casserole, à l'opposé du manche. Prolongez la ligne qui les relie, du côté de l'ouverture, d'environ cinq fois leur écartement : vous tombez sur une étoile isolée, de luminosité moyenne. C'est la Polaire, au bout du manche de la Petite Ourse. En France, elle se trouve à une hauteur au-dessus de l'horizon égale à la latitude, entre 42 et 51° environ, soit à peu près à mi-hauteur entre l'horizon et le zénith.

Les mythes à oublier

La mousse qui pousserait côté nord des arbres est le plus tenace. Elle pousse du côté le plus humide et le plus ombragé, ce qui dépend du vent dominant, de la pente, de la forêt autour. On en trouve sur toutes les faces d'un même tronc. Même chose pour les fourmilières ou les anneaux des souches : trop d'exceptions pour s'y fier.

Quand on est perdu

Le premier réflexe doit être de s'arrêter. La personne perdue qui accélère pour « retrouver le chemin » aggrave presque toujours sa situation, parce qu'elle s'éloigne de sa dernière position connue et se fatigue. Asseyez-vous, buvez, mangez quelque chose. Sortez la carte et orientez-la.

Reconstituez ensuite votre trajet depuis le dernier point dont vous êtes certain : un carrefour, un pont, un sommet. Combien de temps avez-vous marché depuis, dans quelle direction générale, en montée ou en descente ? À 4 km/h sur le plat, et bien moins en pente ou hors sentier, une heure de marche place votre position dans un cercle raisonnable. Cherchez autour de vous des éléments reconnaissables : un sommet, une ligne électrique, le bruit d'une route, et confrontez-les à la carte.

Si le doute persiste, revenez au dernier point sûr par le chemin que vous connaissez, plutôt que de couper à travers. Si la nuit tombe ou si la météo se dégrade, mieux vaut s'abriter sur place que de marcher à l'aveugle. Et prévenez toujours quelqu'un de votre itinéraire avant de partir : c'est ce qui permet aux secours de chercher au bon endroit.

Le meilleur moyen de ne pas vivre ce moment reste de pratiquer quand tout va bien. Lors de votre prochaine sortie, laissez le téléphone au fond du sac et faites toute la boucle carte en main, en notant à chaque carrefour l'heure et votre compte de pas.

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