08 · Communication

Rester joignable quand le réseau mobile tombe

Lors d'une tempête, d'une inondation ou d'une grande panne électrique, le téléphone est souvent le premier outil à devenir muet. Ce n'est pas une fatalité : quelques appareils simples et une feuille plastifiée suffisent à garder le contact avec les siens et avec les consignes officielles.

On imagine volontiers le réseau mobile comme une infrastructure solide. Il l'est, tant que deux conditions tiennent : l'électricité arrive aux antennes, et tout le monde ne cherche pas à appeler en même temps. Une crise casse souvent les deux à la fois.

Ce qui tombe en premier

La saturation arrive d'abord. Juste après un événement marquant, des milliers de personnes appellent leurs proches dans la même zone et au même moment. Les appels échouent, les SMS arrivent avec des heures de retard, alors même que les antennes fonctionnent. Les messages courts passent en général mieux que les appels, et c'est un premier réflexe à prendre : écrire plutôt qu'appeler, et libérer la ligne.

Vient ensuite la coupure d'électricité. Les antennes relais disposent de batteries, mais leur autonomie est limitée : selon les sites et les opérateurs, elle va de quelques dizaines de minutes à quelques heures. Les chiffres évoqués lors des débats sur les délestages de l'hiver 2022 tournaient souvent autour de 30 minutes pour une partie des sites. Au-delà, seules les antennes équipées de groupes électrogènes ou réalimentées rapidement continuent d'émettre. La box internet de la maison, elle, s'éteint dès la coupure, et avec elle le téléphone fixe qui passe désormais presque toujours par elle.

Il faut donc partir d'une hypothèse simple : dans les premières heures d'une crise sérieuse, on ne pourra compter ni sur les appels ni sur internet.

S'informer : la radio avant tout

Recevoir l'information ne demande ni réseau mobile ni électricité du secteur, seulement un récepteur. Une radio FM à piles, à dynamo ou à panneau solaire reste l'outil le plus fiable pour savoir ce qui se passe. Les modèles à manivelle sont pratiques mais leur autonomie par tour de manivelle est souvent décevante ; un modèle qui accepte aussi des piles AA standard est plus sûr.

En France, le réseau des radios locales de Radio France, appelé ICI depuis 2025 (anciennement France Bleu), relaie les consignes des préfectures en cas d'événement grave, en vertu de conventions passées avec l'État. France Info et France Inter prennent aussi le relais pour les crises d'ampleur nationale. Notez dès maintenant la fréquence FM de votre station ICI locale et collez-la sur la radio elle-même.

La radio AM est devenue secondaire en France : les grandes ondes et les ondes moyennes des principales stations françaises se sont éteintes au cours des années 2010. Un récepteur AM ou ondes courtes garde un intérêt pour capter des stations étrangères quand tout le reste est silencieux, mais ce ne sera pas votre source de consignes locales.

Quant à FR-Alert, le système d'alerte des populations déployé depuis 2022, il envoie des notifications aux téléphones présents dans une zone donnée, par diffusion cellulaire (cell broadcast) et par SMS géolocalisé. C'est un bon outil, mais il repose entièrement sur le réseau mobile : téléphone allumé, hors mode avion, et antenne en service. Si l'antenne la plus proche est éteinte, l'alerte ne vous parviendra pas. FR-Alert complète la radio, il ne la remplace pas.

Communiquer localement

Pour parler entre membres d'une même famille ou d'un même quartier, trois familles d'appareils existent, avec des contraintes très différentes.

Les talkies-walkies PMR446

Ce sont les talkies grand public vendus en supermarché. Ils utilisent la bande 446,0 à 446,2 MHz, sont utilisables sans licence ni formalité dans toute l'Union européenne, et proposent 16 canaux analogiques depuis l'extension de la bande décidée au niveau européen. La réglementation limite leur puissance à 500 mW PAR et impose une antenne intégrée, non amovible. Pas de relais, pas d'antenne extérieure : c'est ce qui les rend libres, et c'est aussi leur limite.

Les emballages annoncent 8, 10, parfois 12 km. Cette portée correspond à des conditions idéales, d'un sommet à un autre ou au-dessus d'un lac. En ville, entre les immeubles, comptez quelques centaines de mètres ; en campagne, sur terrain dégagé, 1 à 3 km est déjà un bon résultat. Pour un usage familial dans un village ou un quartier, c'est souvent suffisant.

La CB, 27 MHz

La citizen band est libre d'usage en France, sans licence ni examen. Elle dispose de 40 canaux entre 26,965 et 27,405 MHz, avec une puissance limitée à 4 W en FM et en AM, et 12 W crête en BLU (bande latérale unique). Un poste mobile installé dans une voiture, avec une antenne correcte, porte en général à 10 ou 15 km en terrain dégagé, beaucoup moins en ville. Certains jours, la propagation par l'atmosphère fait ponctuellement porter la CB à des centaines de kilomètres, mais on ne peut pas compter dessus.

Deux canaux ont un usage établi par la pratique : le canal 19, canal des routiers et de l'information trafic, et le canal 9, traditionnellement réservé aux appels d'urgence. Ce sont des conventions entre utilisateurs, pas des services officiellement surveillés : personne ne garantit une écoute permanente du 9. Les postes à main existent, mais l'antenne de la CB est longue et un portatif perd beaucoup en efficacité.

Le radioamateur

C'est un autre monde. Les radioamateurs ont accès à de nombreuses bandes, avec des puissances bien supérieures, des antennes libres et des relais. En VHF et UHF, un portatif de quelques watts porte à quelques dizaines de kilomètres en terrain dégagé, et bien plus en passant par un relais. En HF (ondes décamétriques), on peut joindre une autre région ou un autre pays, selon la propagation et l'heure.

La contrepartie, c'est la réglementation. Il faut passer l'examen de l'ANFR, qui comporte deux épreuves sous forme de questionnaire sur ordinateur : réglementation (20 questions en 15 minutes) et technique (20 questions en 30 minutes), avec au moins 10 sur 20 à chacune. Le certificat d'opérateur obtenu, il faut encore demander un indicatif personnel avant d'émettre. L'examen est gratuit et il n'y a pas d'âge minimum. Comptez quelques mois de préparation, souvent avec l'aide d'un radio-club local, qui est aussi le meilleur endroit pour apprendre la pratique réelle.

Un point sur lequel il ne faut pas transiger : émettre sur les fréquences radioamateur sans certificat est interdit, crise ou pas. Si vous voulez cette capacité, passez l'examen maintenant, c'est-à-dire bien avant d'en avoir besoin.

Portées réalistes des moyens radio Barres horizontales sur une échelle logarithmique de 100 mètres à 1000 kilomètres. Pour chaque moyen, une barre or pour le terrain dégagé et une barre grise pour la ville. PMR446 : environ 3 km en terrain dégagé, 500 m en ville. CB 27 MHz en poste mobile : environ 15 km dégagé, 3 km en ville. Radioamateur VHF ou UHF en portatif sans relais : environ 30 km dégagé, 5 km en ville. Radioamateur HF : des centaines à des milliers de kilomètres selon la propagation. Ordres de grandeur prudents, très variables selon le relief et les antennes. terrain dégagé ville, bâti PMR446 CB 27 MHz Radioam. VHF Radioam. HF 1 km 10 km 100 km 1000 km
Ordres de grandeur prudents, sur une échelle où chaque graduation multiplie la distance par dix. Le relief, la hauteur de l'antenne et, pour la HF, l'heure et la saison changent tout.

L'écrit et les rendez-vous

Le moyen de communication le plus robuste reste le papier. Un mot scotché à l'intérieur de la porte d'entrée, visible par la fenêtre ou par un proche qui a la clé, dit en deux lignes où vous êtes partis et quand. Un carnet laissé à un point de rendez-vous convenu permet à ceux qui arrivent après de savoir qui est passé. Ce n'est pas spectaculaire, mais cela fonctionne sans batterie ni fréquence.

Pendant la tempête Alex, en octobre 2020, des vallées entières de l'arrière-pays niçois se sont retrouvées coupées du monde pendant plusieurs jours : routes emportées, réseaux tombés. Dans ce genre de situation, les familles qui savaient déjà où se retrouver ont passé beaucoup moins de temps à se chercher.

Le plan de communication familial

Le matériel ne sert à rien si chacun ignore quoi en faire. Le plan de communication tient sur une feuille, se prépare en une soirée et se glisse, plastifié, dans chaque sac d'évacuation, dans la boîte à gants et dans le cartable des enfants. Il répond à quatre questions : qui prévenir, où se retrouver, sur quelle fréquence, et à quelle heure.

Le contact hors zone en est la pièce centrale. C'est un parent ou un ami qui habite loin, dans une autre région. Lors d'une crise locale, un appel ou un SMS vers l'extérieur de la zone passe souvent mieux qu'un appel entre deux personnes de la zone touchée. Chaque membre de la famille lui donne des nouvelles, et il centralise.

Les lieux de rendez-vous se prévoient à trois niveaux : juste devant le logement (incendie), dans le quartier si le logement est inaccessible, et hors de la ville si toute la zone est évacuée. Les horaires d'écoute radio, enfin, évitent de vider les batteries à rester en veille : on allume les talkies à heure fixe, quelques minutes, sur un canal convenu.

RubriqueExemple (fictif)
Contact hors zoneTante Hélène, Limoges, numéro noté au dos
Rendez-vous 1 : logementLe lampadaire devant le portail
Rendez-vous 2 : quartierParvis de l'église Saint-Martin
Rendez-vous 3 : hors villeFerme des cousins, route de Brassac
Radio d'informationICI locale, fréquence FM notée sur le poste
Talkies PMR446Canal 5, repli canal 8
Horaires d'écoute8 h, 12 h, 19 h, pendant 10 minutes
Message écritDerrière la porte d'entrée, côté vitre
SantéPaul : asthme, inhalateur dans le sac bleu

Testez ce plan au moins une fois par an. Coupez les téléphones un dimanche après-midi et essayez de vous retrouver au point 2 avec les talkies. Les failles apparaissent tout de suite : un canal que personne ne se rappelle, un talkie dont les piles ont coulé, un enfant qui ne sait pas où est le parvis.

Batteries et recharge

Toute cette chaîne repose sur l'énergie. Privilégiez des appareils qui fonctionnent avec des piles AA ou AAA standard, ou dont le bloc batterie accepte aussi des piles : c'est le format que l'on trouve partout et que l'on stocke facilement. Des accumulateurs rechargeables à faible autodécharge, du type NiMH « prêts à l'emploi », se conservent chargés plusieurs mois.

Une batterie externe de 10 000 à 20 000 mAh recharge plusieurs fois un téléphone ou des talkies USB. Un petit panneau solaire pliant de 20 W environ la recharge en une journée ensoleillée, beaucoup plus lentement sous un ciel couvert. En voiture, un chargeur allume-cigare complète le dispositif, à condition de ne pas vider la batterie du véhicule.

Pendant la crise, économisez. Mode avion sur le téléphone quand il ne sert pas, luminosité au minimum, talkies éteints hors des horaires d'écoute. Un téléphone qui cherche en permanence une antenne absente se vide à toute vitesse.

Ce soir, prenez une feuille, écrivez le nom et le numéro de votre contact hors zone, vos trois points de rendez-vous et la fréquence de votre radio locale. Plastifiez-la. C'est le meilleur investissement que vous ferez cette année, et il coûte moins d'un euro.

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