02 · Abri et régulation thermique
Garder sa chaleur : l'abri avant tout
On pense d'abord à l'eau et à la nourriture. Pourtant, par une nuit de novembre mouillée et venteuse, c'est le froid qui peut mettre quelqu'un en danger en quelques heures. Avant de chercher à manger, on cherche à ne pas perdre sa chaleur.
La règle des trois que connaissent tous les survivalistes le dit à sa manière : trois semaines sans manger, trois jours sans boire, trois heures sans abri dans de mauvaises conditions. Le chiffre est approximatif, l'ordre ne l'est pas. Un adulte en bonne santé supporte la faim longtemps. Il supporte beaucoup moins bien d'être trempé, assis sur un sol froid, dans le vent, à 5 °C. Et ce sont justement ces températures, pas les grands froids, qui piègent le plus de monde : on ne s'en méfie pas.
Les quatre façons de perdre sa chaleur
Le corps produit de la chaleur en permanence. Il la perd par quatre voies, et chacune a sa parade. Les connaître, c'est savoir où agir en premier.
La conduction est la chaleur qui passe directement dans ce qu'on touche. Un rocher, la terre gelée, la neige, une dalle de béton aspirent la chaleur d'un corps allongé bien plus vite que l'air. L'eau la conduit environ 25 fois mieux que l'air, d'où le danger des vêtements trempés. Parade : ne jamais s'asseoir ni dormir à même le sol, rester sec.
La convection, c'est l'air qui circule et emporte la couche tiède qui entoure la peau. Le vent la multiplie. Une veste coupe-vent, un bonnet, un abri, un simple muret derrière lequel s'accroupir changent tout.
La radiation est la chaleur rayonnée par le corps, surtout par la tête, le cou et le visage quand le reste est couvert, et vers un ciel dégagé la nuit. Parade : couvrir la tête, dormir sous un toit, même une bâche, plutôt qu'à la belle étoile.
L'évaporation enfin : la sueur qui sèche refroidit, c'est son rôle. Mais une sueur piégée dans les vêtements les mouille et ouvre la porte aux trois autres pertes. S'y ajoute la respiration, qui rejette de la vapeur chaude à chaque souffle. Parade : s'habiller pour ne pas transpirer, ce qui est plus facile à dire qu'à faire.
Le système des trois couches
Le principe est de superposer des vêtements qu'on retire ou qu'on remet selon l'effort, plutôt qu'un gros manteau unique. Contre la peau, une couche qui évacue l'humidité : laine mérinos ou synthétique, jamais de coton, qui garde l'eau et colle au corps. Au milieu, la couche qui isole en piégeant de l'air : polaire, laine épaisse, doudoune. Dehors, une coque coupe-vent et imperméable, si possible respirante.
L'erreur qu'on voit à chaque sortie d'hiver, c'est de partir couvert comme pour attendre le bus et d'attaquer la montée ainsi. Dix minutes plus tard, tout est trempé de l'intérieur. On démarre un peu frais, on enlève une couche avant de transpirer, pas après, et on la remet dès la pause, avant de se refroidir. Un bonnet et une paire de gants secs de rechange, dans un sac étanche, pèsent moins de 200 grammes.
Choisir l'emplacement
Un bon abri mal placé reste un mauvais abri. Le premier réflexe est de fuir le vent : l'arrière d'une butte, d'un rocher, d'un rideau d'arbres. Mais pas n'importe où. L'air froid, plus lourd, descend la nuit et s'accumule dans les fonds de vallée et les cuvettes. Il peut y faire plusieurs degrés de moins qu'à mi-pente, quelques dizaines de mètres plus haut. Le fond de vallon abrité et plat, si tentant, est souvent le point le plus froid du coin, et le plus humide au réveil.
Les crêtes, à l'inverse, sont balayées par le vent. Le bon compromis se trouve en général à mi-pente, sur un replat, à l'abri d'un obstacle naturel. Levez les yeux avant de poser le sac : pas d'arbre mort ni de grosse branche morte au-dessus de la tête, elles tombent sans prévenir au premier coup de vent. Pas de lit de ruisseau à sec, de ravine ou de berge basse, qui peuvent se remplir en une heure d'orage, même si le ciel est dégagé chez vous. Et pas d'arbre isolé si l'orage menace.
L'abri en appentis
L'appentis est l'abri le plus rapide à monter avec une bâche de 3 mètres sur 3 et une dizaine de mètres de cordelette. On tend une cordelette entre deux arbres, à hauteur de hanche ou de poitrine, ou on pose une perche faîtière sur deux fourches. Un bord de la bâche s'attache à la faîtière, l'autre descend jusqu'au sol et se fixe avec des piquets ou de grosses pierres. Le côté fermé, celui qui touche le sol, fait face au vent. Tendez bien la toile : une bâche molle claque toute la nuit et retient l'eau en poches.
Sans bâche, le principe reste le même avec des branchages. Une perche faîtière solide, des perches inclinées posées tous les 20 à 30 centimètres, puis des couches de branches de résineux, de fougères ou de feuilles mortes, posées du bas vers le haut comme des tuiles pour que l'eau ruisselle. Il en faut beaucoup plus qu'on ne l'imagine, et il faut compter deux à trois heures de travail. Commencez donc bien avant la nuit : un abri de fortune se construit à la lumière du jour, pas à la frontale avec les doigts gourds.
Isoler du sol, l'erreur numéro un
Le scénario est classique en bivouac d'hiver : un excellent sac de couchage, un toit impeccable, et une nuit entière à grelotter. En cause, un tapis de sol en mousse de quelques millimètres posé sur la neige tassée. Le sac, écrasé sous le poids du dormeur, n'isole plus rien du côté du sol. Glissez sous le même tapis un lit de branches de sapin épais comme un matelas, et la nuit suivante n'a plus rien à voir.
Le duvet et la polaire isolent parce qu'ils piègent de l'air. Écrasés sous le corps, ils ne piègent plus rien. La conduction vers le sol devient alors la première perte de chaleur, et de loin. Un vrai matelas isolant, ou à défaut un lit de branchages et de feuilles sèches bien épais, au moins 20 à 30 centimètres avant tassement, est la priorité absolue, avant même le toit par temps sec. Les feuilles mortes se tassent de moitié en une nuit : il en faut toujours plus. Un sac à dos vidé, une corde lovée, des vêtements de rechange glissés sous les hanches et les épaules font gagner quelques degrés.
La couverture de survie, et ses limites
La couverture de survie mérite sa place dans chaque sac, mais pas la réputation qu'on lui prête. Elle réfléchit une grande partie du rayonnement infrarouge émis par le corps, et elle coupe le vent et la pluie. Elle n'isole presque pas : posée seule sur le sol, elle ne fait rien contre la conduction. Elle ne produit évidemment aucune chaleur, et un corps déjà froid enveloppé dedans reste froid.
Elle retient aussi la vapeur d'eau : au bout de quelques heures, l'intérieur ruisselle et les vêtements s'humidifient. Elle se déchire au premier accroc sur une branche. Utilisez-la par-dessus les couches isolantes, ou en paravent réfléchissant tendu au fond de l'abri, et gardez-en toujours une deuxième.
Reconnaître l'hypothermie
On parle d'hypothermie quand la température interne descend sous 35 °C. Au stade léger (de 35 à 32 °C), la personne frissonne fort, ses mains deviennent maladroites, elle a du mal à fermer une fermeture éclair. Au stade modéré (de 32 à 28 °C), les frissons diminuent ou s'arrêtent, elle devient confuse, parle mal, trébuche, se désintéresse de tout. C'est le piège : elle dit qu'elle va bien et n'a plus froid. Au stade sévère, sous 28 °C, elle perd conscience, la respiration et le pouls ralentissent, et le cœur peut s'arrêter.
La conduite à tenir de base :
- Mettre la personne à l'abri du vent et de l'humidité, et l'isoler du sol avant tout le reste.
- Remplacer les vêtements mouillés par des vêtements secs, couvrir la tête, envelopper le tout (sac de couchage, couvertures, couverture de survie par-dessus).
- Si elle est consciente et avale sans difficulté, lui donner une boisson chaude et sucrée. Jamais d'alcool, qui accentue la perte de chaleur.
- La manipuler doucement, ne pas frictionner les membres, ne pas la faire marcher si elle est confuse.
- En cas de confusion, de somnolence ou de frissons qui s'arrêtent, appeler le 15 ou le 112 sans attendre.
À la maison, sans chauffage
Une coupure de courant en plein hiver transforme une maison en glacière en deux ou trois jours. La parade est la même que dehors, à l'échelle d'une pièce. On se replie dans une seule pièce, la plus petite, de préférence au centre du logement ou exposée au sud, et on y vit, on y mange, on y dort tous ensemble. On ferme les portes des autres pièces, on tire les rideaux et les volets la nuit, on les ouvre aux heures de soleil. Une tente montée au milieu du salon, avec tout le monde dedans, garde étonnamment bien la chaleur. Et on dort sur des matelas surélevés, pas sur le carrelage.
Le vrai danger arrive avec les solutions de chauffage improvisées. Le monoxyde de carbone provoque encore environ 1300 épisodes d'intoxication et une centaine de décès par an en France. Il est invisible, inodore, et il endort avant de tuer. Les règles ne se négocient pas : jamais de groupe électrogène à l'intérieur, ni dans le garage ou la cave ; jamais de barbecue, de brasero ou de réchaud de camping pour chauffer une pièce ; un chauffage d'appoint à combustion (pétrole, gaz) seulement par intermittence, jamais plus de deux heures d'affilée, dans une pièce aérée. On ne bouche jamais les grilles d'aération, même quand on calfeutre le reste.
Maux de tête, nausées, vertiges, fatigue inhabituelle, surtout si plusieurs personnes ou l'animal de la maison sont touchés en même temps : on ouvre tout, on sort, on appelle le 15, le 18 ou le 112. Un détecteur de monoxyde de carbone coûte une vingtaine d'euros. Achetez-le avant l'hiver, avec les piles, et placez-le dans la pièce où vous comptez vous replier.
