05 · Santé et premiers secours

Hypothermie et coup de chaud : reconnaître, agir, éviter le pire

Le corps tient son thermostat autour de 37 °C, et il suffit de quelques degrés d'écart pour que le jugement flanche avant même que la peur arrive. Le froid humide d'octobre et le grenier surchauffé d'août abîment la même mécanique, avec des gestes de secours presque inverses. Voici comment repérer les signes tôt, quoi faire en attendant le 15, et ce qu'il faut s'interdire.

Deux pannes du même thermostat

On associe l'hypothermie aux glaciers et le coup de chaleur au désert. En France, les deux se produisent à deux pas de chez soi. Un randonneur trempé par une averse à 8 °C, avec du vent sur une crête des Vosges ou du Massif central, perd sa chaleur plus vite qu'il ne la fabrique. Une personne âgée enfermée sous les toits en plein mois d'août, sans ventilateur parce que le courant est coupé, accumule la sienne.

Dans les deux cas, la victime est souvent la dernière à comprendre. Le froid comme la chaleur attaquent d'abord le jugement. D'où l'intérêt de connaître les signes avant d'en avoir besoin, et de savoir qu'ils ne se ressemblent pas du tout.

Les paliers de température corporelle Six bandes empilées, de la plus chaude à la plus froide : plus de 40 degrés, coup de chaleur ; 38 à 40 degrés, épuisement par la chaleur ; 35 à 38 degrés, autour de 37 degrés, zone normale ; 32 à 35 degrés, hypothermie légère ; 28 à 32 degrés, hypothermie modérée ; moins de 28 degrés, hypothermie sévère. plus de 40 °C coup de chaleur 38 à 40 °C épuisement 35 à 38 °C autour de 37 32 à 35 °C hypothermie légère 28 à 32 °C hypothermie modérée moins de 28 °C hypothermie sévère
Les seuils sont des repères médicaux : l'hypothermie commence sous 35 °C, le coup de chaleur vers 40 °C. Sans thermomètre adapté, ce sont les comportements qui alertent.

Hypothermie : ce qui se voit avant la confusion

L'hypothermie se définit par une température centrale sous 35 °C. Au stade léger (de 32 à 35 °C), le corps se défend : frissons intenses, chair de poule, mains et pieds engourdis, peau pâle. Rien d'alarmant en soi, à condition d'agir. Le piège vient ensuite.

Quand la température continue de baisser, la maladresse précède la confusion. La personne n'arrive plus à fermer une fermeture éclair ou à défaire un nœud, sa parole devient pâteuse, elle trébuche, répond à côté, devient apathique ou irritable. Chez l'enfant, la peau peut être rouge puis froide, avec un engourdissement général. Autre signal de gravité, contre-intuitif : l'arrêt des frissons. Quelqu'un qui grelottait et se calme sans s'être réchauffé n'est pas en train d'aller mieux. Son corps n'a plus de quoi produire de chaleur.

Le scénario est classique : un groupe fait une pause en fin de journée, humide de sueur et de pluie, et l'un des marcheurs « n'a pas froid » et refuse de se changer. C'est lui qu'il faut surveiller, pas celui qui se plaint.

Agir face au froid, étape par étape

Dans tous les cas, on alerte le 15 (ou le 112), y compris pour une hypothermie qui paraît légère : le médecin régulateur évalue la situation avec vous et guide les gestes. Si vous êtes seul avec la victime, mettez le téléphone sur haut-parleur et agissez pendant l'appel. En attendant :

  1. Arrêtez la perte de chaleur : abri, hors du vent, victime isolée du sol (sac à dos, branchages, matelas, couverture pliée en plusieurs épaisseurs).
  2. Retirez délicatement les vêtements mouillés, sans faire de mouvements brusques, et remplacez-les par du sec. Couvrez la tête.
  3. Enveloppez dans des couvertures, une couverture de survie ou un sac de couchage. La couverture de survie ne produit rien, elle garde ce que le corps donne.
  4. Si la personne est consciente, lucide et avale normalement, donnez une boisson tiède et sucrée plutôt que brûlante, et quelque chose à manger.
  5. Surveillez sans relâche : conscience, respiration, frissons. Notez l'heure des changements pour les secours.

Au stade léger, avec des frissons francs, ceux-ci sont un chauffage naturel : on les laisse agir en isolant bien la personne, sans forcer. Une bouillotte tiède, ou une couverture chauffante si le logement en dispose, se place sur le tronc, sous les aisselles et à l'aine, jamais sur les bras et les jambes, en veillant à ne pas brûler.

Si la victime ne frissonne plus, est confuse, somnolente ou inconsciente, le cadre change. On la couche à l'horizontale et on la manipule comme un objet fragile : un geste brusque peut déclencher un trouble du rythme cardiaque. Pas de bouillotte ni de chaleur directe dans ce cas, pas de boisson à quelqu'un qui n'est pas pleinement conscient. Vérifiez la respiration en prenant votre temps, car elle peut être lente et superficielle. Si elle s'arrête, on débute la réanimation et on suit les consignes du 15. Une victime d'hypothermie sévère peut être ramenée après un arrêt prolongé, c'est pourquoi on ne renonce pas avant l'arrivée des secours.

Les erreurs qui aggravent

L'alcool donne une sensation de chaleur parce qu'il dilate les vaisseaux de la peau. Le sang chaud est envoyé vers la surface, où il se refroidit, et la perte de chaleur s'accélère. Il altère aussi le jugement, ce qui retarde la demande d'aide. Le « petit verre pour se réchauffer » reste le conseil le plus dangereux de la montagne.

Les frictions et massages sont à bannir. Frotter les membres ne réchauffe pas le centre du corps, abîme une peau fragile et mobilise un sang refroidi qui revient vers le cœur. Même logique pour le bain chaud ou la source de chaleur intense appliquée d'un coup : le réchauffement doit rester progressif, en commençant par le tronc.

Deux autres erreurs reviennent. Faire marcher la victime « pour se réchauffer » épuise ses réserves. La laisser seule pour aller chercher du réseau fait perdre la surveillance au pire moment : à deux, l'un reste, l'autre part, et à un seul, on appelle d'abord.

Coup de chaleur : la peau, la tête, la température

La chaleur progresse par paliers. Entre 38 et 40 °C, c'est l'épuisement : transpiration abondante, soif, maux de tête, crampes, vertiges, nausées, fatigue intense. On met à l'ombre, on déshabille, on rafraîchit à l'eau et on fait boire de l'eau par petites gorgées. Si cela ne s'améliore pas vite, on appelle.

Le coup de chaleur est une urgence vitale. La température dépasse 40 °C, la peau est brûlante, la personne est confuse, agitée, tient des propos incohérents, peut convulser ou perdre connaissance. La peau sèche est un signe classique, mais lors d'un effort intense elle reste parfois moite : c'est la confusion qui tranche. Dans le doute, on traite comme un coup de chaleur.

Le cas typique n'est pas le sportif seul : c'est la personne âgée dans un appartement mal ventilé, qui ne boit plus parce qu'elle n'a pas soif, ou l'enfant oublié dans une voiture fermée dont l'habitacle chauffe en quelques minutes.

Refroidir, vite, avant tout

Ici la logique est inverse : le temps passé à plus de 40 °C compte. On appelle le 15 ou le 112, puis on refroidit sans attendre :

  • Transportez la personne à l'ombre ou dans la pièce la plus fraîche, et retirez ses vêtements.
  • Faites couler de l'eau froide sur tout le corps, ou aspergez et ventilez sans interruption.
  • Placez des sacs de glace enveloppés dans un linge sous les aisselles, aux plis de l'aine et dans le cou. La glace nue sur la peau brûle.
  • Si la victime perd connaissance, mettez-la en position latérale de sécurité, continuez de refroidir et surveillez la respiration.
  • Elle ne boit que si elle est parfaitement lucide, de l'eau fraîche en petites quantités. Jamais d'alcool, et les médicaments contre la fièvre n'agissent pas ici : le refroidissement physique est le seul traitement.

On continue jusqu'à l'arrivée des secours, sans s'arrêter parce que la personne « va mieux ».

Repères pour la France

Pour la chaleur, Météo-France publie une vigilance canicule en jaune, orange et rouge, avec des seuils propres à chaque département. En rouge, tout effort intense en extérieur est à éviter. En coupure de courant, la parade tient aux bases : volets fermés côté soleil toute la journée, fenêtres ouvertes la nuit quand l'air extérieur est plus frais, séjour dans la pièce la plus basse, linges humides sur la nuque, eau à portée de main. Les personnes âgées et les jeunes enfants se surveillent plusieurs fois par jour.

Pour le froid, le danger commence plus tôt qu'on ne le croit. Le vent, la pluie et la fatigue pèsent davantage que le thermomètre, et un orage en moyenne montagne en juin peut suffire. L'eau d'un lac ou d'une rivière de montagne, ou celle de la Manche en dehors de l'été, provoque un choc bien avant que l'hypothermie ne s'installe. À la maison, un logement non chauffé en plein hiver expose surtout les personnes âgées, qui perçoivent mal le froid.

Un petit matériel suffit à anticiper :

  • deux couvertures de survie dans le sac de randonnée et une dans la voiture ;
  • un bonnet et une couche sèche dans un sac étanche ;
  • une bouillotte, utilisable avec de l'eau tiède ;
  • un thermomètre médical, en sachant que beaucoup ne descendent pas sous 35 °C ;
  • de l'eau, des sacs de glace ou des packs réutilisables, et un linge propre.

Avant de partir ou de laisser quelqu'un seul chez soi en été, prévenez un proche et convenez d'une heure d'appel. L'alerte la plus efficace reste celle qui commence quand quelqu'un ne rappelle pas.

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