08 · Communication
Radio VHF portative : ce qu'on a le droit d'utiliser en France
Un talkie acheté en grande surface n'annonce jamais sa portée réelle, et encore moins ce que la loi française autorise à en faire. Entre le PMR446 libre d'accès, la CB et les bandes du service amateur, les règles sont simples une fois posées noir sur blanc. Reste à savoir quelle distance vous pouvez vraiment couvrir, et comment organiser des rendez-vous radio qui tiennent quand le téléphone ne répond plus.
Trois familles de fréquences, pas une de plus
Le spectre radio est un domaine public découpé au mégahertz près, et l'État attribue chaque tranche à un service précis. Pour un particulier, la carte se résume à trois cas. Les bandes libres d'accès, où n'importe qui peut émettre avec du matériel homologué et sans aucune formalité. Les bandes du service amateur, ouvertes après un examen gratuit. Et tout le reste, qui appartient aux secours, à l'aviation, à la marine, aux armées et aux opérateurs : on n'y émet pas, même brièvement, même pour essayer.
| Bande | Qui peut émettre | Puissance maximale | Usage réaliste |
|---|---|---|---|
| PMR446 (446,000 à 446,200 MHz) | tout le monde, appareil homologué | 500 mW rayonnés | famille, groupe, courte distance |
| CB 27 MHz (26,965 à 27,405 MHz) | tout le monde, appareil homologué | 4 W environ, moins en AM | véhicule, station fixe, portée variable |
| 144 à 146 MHz et 430 à 440 MHz | titulaires du certificat d'opérateur | plusieurs dizaines de watts | liaisons longues, relais, réseaux structurés |
| Marine, aviation, services publics | opérateurs autorisés uniquement | sans objet | émission interdite au public |
Le PMR446, le dénominateur commun
C'est le talkie grand public, celui qu'on trouve en magasin de sport par paire. Il travaille dans la bande 446,000 à 446,200 MHz, en modulation de fréquence, avec une puissance plafonnée à 500 milliwatts rayonnés. Pas de licence, pas de redevance, pas de déclaration. La France a d'abord ouvert la moitié basse de la bande en analogique, puis la moitié haute en numérique, avant d'autoriser l'ensemble des 200 kHz pour les deux modes : les appareils à 16 canaux analogiques que l'on trouve aujourd'hui sont donc en règle, contrairement à ce qui se disait il y a quelques années.
Deux contraintes sont inscrites dans le texte et beaucoup les ignorent. L'antenne doit rester celle d'origine, fixée à l'appareil : brancher une antenne extérieure sur un PMR446, c'est sortir de l'homologation. Et l'usage est strictement de mobile à mobile, ce qui exclut les relais et les stations fixes. Un portatif posé sur une étagère à la maison reste tolérable dans l'esprit du texte, une station raccordée à une antenne sur le toit ne l'est pas.
Le point le plus mal compris reste le CTCSS, ce sous-ton que les notices appellent parfois « code de confidentialité ». Il ne chiffre rien. Il empêche simplement votre haut-parleur de s'ouvrir quand quelqu'un d'autre parle sur le même canal avec un autre sous-ton. Tout le monde vous entend quand même, il suffit de mettre le sous-ton sur zéro. Un PMR446 est une conversation publique à voix haute dans la rue.
La CB, sous-estimée et toujours vivante
Quarante canaux entre 26,965 et 27,405 MHz, quelques watts, aucune licence. La CB a deux atouts que le 446 MHz n'aura jamais : la puissance autorisée et surtout le droit d'installer une vraie antenne, sur un véhicule ou sur un mât. En ondes décamétriques, le signal suit un peu mieux le relief et les ondulations de terrain qu'en UHF. Un poste mobile correctement installé dans une voiture fait couramment 5 à 15 km en terrain ouvert, parfois beaucoup plus quand la propagation ionosphérique s'en mêle, ce qui est alors imprévisible et inexploitable pour un rendez-vous.
L'encombrement est le prix à payer : une antenne CB efficace mesure plus d'un mètre, et un fouet de 40 cm aimanté sur un toit de voiture ne vaut pas grand-chose. Pour un réseau familial entre deux maisons distantes de quelques kilomètres, c'est pourtant souvent la solution la plus simple et la plus légale.
Le radioamateur, la seule porte vers la longue distance
Le service amateur donne accès à de nombreuses bandes, dont le 144 à 146 MHz et le 430 à 440 MHz qui intéressent le portatif, avec des puissances sans commune mesure, le droit d'installer les antennes que l'on veut et l'usage d'un réseau de relais couvrant une grande partie du territoire. L'accès passe par un certificat d'opérateur délivré par l'Agence nationale des fréquences après un examen de réglementation et de technique. Depuis 2021 il n'existe plus qu'une classe unique, alignée sur le standard européen, et l'examen comme la délivrance de l'indicatif sont gratuits. La redevance annuelle a disparu en 2019. En clair : passer la licence ne coûte que du temps de révision, en général quelques dizaines d'heures.
Le détail qui change tout pour qui prépare l'imprévu : un radioamateur titulaire d'un indicatif fait partie d'un milieu organisé, avec des relais, des réseaux locaux, des habitudes d'écoute et, dans chaque département, des associations de sécurité civile qui savent monter une liaison quand les réseaux publics sont saturés. Un boîtier bibande chinois acheté 30 euros ne vous donne rien de tout cela. Il permet surtout d'émettre hors de toute bande autorisée, ce qui est une infraction, détectable et détectée, l'ANFR disposant de moyens de localisation redoutablement efficaces.
Écouter, oui, mais pas tout
Posséder un récepteur à balayage ou une clé de réception logicielle est légal : le texte qui encadre les appareils d'interception exclut explicitement les appareils grand public qui se contentent d'explorer le spectre pour écouter. La limite est ailleurs. Seules les communications destinées au public peuvent être écoutées librement : bandes de radiodiffusion, trafic des radioamateurs, signaux météo, positions des avions. Le reste relève du secret des correspondances, et sa divulgation ou son utilisation est pénalement sanctionnée. Écouter les pompiers de son secteur pour « savoir ce qui se passe » et le relayer sur un groupe de messagerie n'est pas une zone grise, c'est une infraction.
Les portées réelles, loin des 10 km de la boîte
En VHF et en UHF, l'onde se propage pratiquement en ligne droite. La portée n'est donc pas une question de puissance mais de vue dégagée. L'horizon radio d'une antenne à 2 mètres du sol tourne autour de 6 km ; pour deux correspondants, les distances s'additionnent, ce qui donne une douzaine de kilomètres en terrain parfaitement plat. Le relief, lui, ne négocie pas : une colline entre deux postes coupe la liaison, quelle que soit la marque du talkie.
Les ordres de grandeur à retenir pour deux PMR446 à la main, tenus à hauteur de poitrine :
- en ville, entre bâtiments : 300 m à 1 km, parfois moins dans un immeuble en béton ;
- en forêt dense, feuillage mouillé : 500 m à 1,5 km ;
- en terrain vallonné, sans vue directe : 1 à 2 km, très aléatoire ;
- en campagne ouverte, vue dégagée : 3 à 5 km ;
- de crête à crête, ou d'un sommet vers la vallée : 15 à 50 km, régulièrement.
Le corps humain absorbe énormément à 446 MHz. Se tourner face à son correspondant, lever la radio à hauteur de bouche et sortir d'un creux de terrain fait souvent plus que tripler la puissance. Monter de dix mètres, c'est gagner plus que changer de modèle.
Organiser un plan d'écoute familial
Un talkie dans un sac ne sert à rien si personne ne sait quand l'allumer. Le scénario est classique : réseau mobile saturé un soir de tempête, un adulte bloqué à 8 km, deux radios identiques, chacun qui appuie sur son bouton au hasard et conclut que « ça ne marche pas ». Ce qui manque, ce n'est pas du matériel, c'est une convention écrite.
Un plan tient sur une carte plastifiée glissée dans chaque sac, avec la même information pour tous. Quatre lignes suffisent : le canal principal et son sous-ton, un canal de repli si le principal est occupé, les heures de rendez-vous, et un message type en trois éléments.
| Élément | Exemple à adapter | Pourquoi |
|---|---|---|
| Canal principal | canal 5, sous-ton 12 | canal peu encombré, noté sur chaque fiche |
| Canal de repli | canal 7, sans sous-ton | si le principal est pris ou brouillé |
| Fenêtres d'écoute | 08h00, 12h00, 18h00, 20h00 | économise les piles, évite la veille inutile |
| Durée d'écoute | 5 minutes à l'heure pile | assez long pour deux tentatives d'appel |
| Message type | qui, où, prochaine fenêtre | court, clair, répétable deux fois |
Les fenêtres d'écoute changent tout pour l'autonomie. En réception permanente, un portatif grand public consomme de quoi vider son pack en quinze à vingt heures. En ne l'allumant que quelques minutes par heure, la même batterie tient plusieurs jours, et vous gardez de la marge pour un appel imprévu. Si la situation devient tendue, on resserre : fenêtres toutes les heures, puis veille continue sur un poste seulement, celui de la base, alimenté sur un accumulateur extérieur.
La discipline vaut plus que le matériel
Parler en radio s'apprend en dix minutes et évite les trois quarts des échecs. On appuie sur l'alternat, on compte une seconde, puis on parle : les premières syllabes sont sinon avalées par l'ouverture de l'émetteur. On annonce qui appelle qui, on dit l'essentiel, on termine par un mot qui rend la parole. On épelle les noms propres et les lieux avec l'alphabet international plutôt que de répéter trois fois. Et on part du principe que la conversation est entendue par d'autres, donc rien sur les stocks, les absences, les déplacements précis.
Les erreurs qui reviennent le plus souvent tiennent en quelques points. Acheter deux paires de modèles différents dont les numéros de canaux ne correspondent pas, parce que l'un a seize canaux et l'autre huit. Laisser le sous-ton activé d'un côté et pas de l'autre, puis conclure à une panne. Oublier que des piles alcalines perdent une partie de leur capacité en dessous de zéro et garder le poste à l'extérieur du manteau. Ne jamais faire d'essai réel sur le terrain, alors que trente minutes de test entre la maison et le point de regroupement donnent une portée vraie, une fois pour toutes.
Un mot enfin sur l'urgence. La réglementation internationale admet qu'une station en situation de détresse utilise tous les moyens à sa disposition pour obtenir du secours. C'est une soupape, pas une autorisation d'entraînement : elle ne couvre ni les essais, ni la veille, ni les réseaux privés montés sur des fréquences qui ne vous appartiennent pas. Les secours, en France, s'appellent au 112, et tant que la téléphonie fonctionne, c'est par là qu'il faut passer.
Commencez petit. Deux PMR446, une fiche plastifiée dans chaque sac, un essai le prochain week-end entre votre logement et le point de regroupement familial. Vous saurez en une après-midi ce que votre terrain autorise vraiment, et cette information-là ne figure sur aucune boîte.
