02 · Abri et régulation thermique

Bâche et paracorde : cinq montages d'abri à connaître

Une bâche, vingt mètres de cordelette et quatre sardines : avec ça on dort au sec presque partout, à condition de savoir quoi tendre et dans quel sens. Les cinq montages qui suivent couvrent l'essentiel des situations rencontrées en France, de la pluie battante en forêt au vent d'altitude sur terrain nu. Le reste se joue sur deux noeuds et sur une poignée de détails qui séparent une nuit sèche d'une nuit à écoper.

Ce qu'il faut dans le sac

Une bâche de 3 mètres sur 3 reste le format le plus polyvalent. En dessous, on bricole : du 2 sur 3 suffit pour dormir seul en appentis, mais interdit le toit en A confortable. Au-dessus, le poids et la prise au vent deviennent un problème.

Deux familles cohabitent. La bâche de chantier en polyéthylène tissé, à quelques euros le mètre carré, pèse lourd (souvent 100 à 150 g par mètre carré, donc 1 à 1,5 kg en 3 sur 3) mais encaisse les braises et les cailloux. La bâche de randonnée en nylon ou polyester siliconé descend à 400 ou 600 g pour la même surface, coûte dix fois plus et se perce si on la traîne. Pour un sac d'évacuation gardé dans un coffre, la première passe. Pour marcher, la seconde.

Regardez les oeillets avant d'acheter. Un modèle avec oeillets aux quatre coins seulement limite les montages. Il en faut aux coins, à mi-longueur sur chaque côté, et idéalement une ligne centrale pour les montages à poteau.

Pour la cordelette, la paracorde 550 (type III, environ 4 mm, sept brins dans la gaine) est annoncée autour de 250 kg à la rupture. Chiffre théorique : un noeud fait perdre 30 à 50 % de cette résistance, et surtout le nylon s'allonge. Une faîtière en paracorde tendue à sec se retrouve molle après deux heures de pluie, et une faîtière molle fait une poche d'eau. Deux solutions : retendre dans la nuit, ou réserver la paracorde aux haubans et utiliser du cordage polyester tressé de 3 mm, qui ne bouge presque pas, pour la ligne de faîte.

Le reste de la liste :

  • 15 à 20 m pour la faîtière, en un seul brin
  • 4 à 6 longueurs de 2,50 m pour les haubans
  • 2 cordelettes de 60 cm pour les prussiks
  • 6 à 8 sardines de 18 à 23 cm selon le sol
  • une aiguille et du fil fort, ou du ruban adhésif toilé, pour les oeillets arrachés

Quatre noeuds suffisent

Le tour mort et deux demi-clés attache la faîtière à l'arbre. Un tour complet autour du tronc avant les demi-clés : c'est le tour qui encaisse la traction, les clés ne font que fermer. Il se défait même après une nuit de tension.

Le noeud de camionneur tend l'autre extrémité. On forme une boucle sur le brin, on passe le dormant dedans, on tire : la tension est démultipliée d'environ trois fois. C'est justement là qu'on casse les cordelettes fines et qu'on arrache les oeillets. Tirer fort, pas comme un déménageur.

Le noeud de tendeur, un noeud coulissant qui bloque sous charge, règle chaque hauban depuis la sardine. Il remplace les tendeurs plastiques et permet de retendre à la main, sans se relever, quand la toile commence à flotter.

Le prussik, enfin, sert à accrocher la bâche sur la faîtière sans qu'elle glisse vers le bas. Une cordelette de 60 cm fermée par un noeud de pêcheur double, trois tours autour de la ligne : ça tient sous charge et ça se déplace au doigt quand on relâche.

Les cinq montages

Le toit en A

Le classique. Faîtière tendue entre deux arbres à 90 ou 110 cm du sol, bâche posée dessus en symétrie, quatre coins au sol. Deux pans inclinés, aucune surface horizontale, l'eau part toute seule. C'est le montage à choisir quand il pleut fort et que le vent reste modéré.

Deux réglages changent tout. La pente d'abord : visez 45°, jamais moins de 30°. Trop plate, la toile retient l'eau, se déforme, et le poids finit par arracher un oeillet. La hauteur ensuite : plus la faîtière est basse, plus l'abri tient au vent, mais plus il devient étroit. À 70 cm, on rampe. À 1,20 m, on s'assoit mais on prend le vent.

Coupe d'un toit en A Vue en coupe d'une bâche montée en toit en A. Deux pans inclinés à environ 45 degrés partent du sommet, où passe la faîtière, et descendent jusqu'au sol où ils sont fixés par des sardines inclinées. Une cote verticale indique une hauteur de sommet d'environ un mètre. La pluie glisse sur les pans sans former de poche d'eau. faîtière tendue 100 cm pente 45° sardine à 45° bord bien tendu pluie
Le toit en A ne vit que par sa pente : en dessous de 30°, la toile se creuse et la poche d'eau arrive avant le matin.

La faîtière passe sous la bâche, pas dessus. Si elle passe dessus, l'eau descend le long de la corde, franchit l'arête et goutte à l'intérieur. Quand on n'a pas le choix, on noue une cordelette de 20 cm sur la faîtière juste avant chaque bord de bâche : l'eau suit ce brin et tombe dehors. C'est la goutte d'arrêt, et c'est la cause numéro un des matelas trempés.

L'appentis

Un seul pan incliné : faîtière à l'avant, bord arrière plaqué au sol et piqueté. Le pan reçoit le vent et la pluie, l'ouverture regarde le côté abrité. On gagne de la place, de la vue, et la possibilité de recevoir la chaleur d'un feu placé devant.

Deux mises en garde. Si le vent tourne de 90°, l'appentis se transforme en manche à air et l'ouverture prend tout : sur un terrain où le vent varie, mauvais choix. Et un feu devant une bâche synthétique, c'est un risque réel. Une escarbille qui vole perce une toile siliconée en une seconde. Deux mètres minimum entre le foyer et la bâche, et un foyer petit plutôt qu'un brasier.

placeholder Appentis orienté au vent Vue de côté d'un appentis. Un pan unique descend du point haut avant, situé à environ un mètre vingt du sol, jusqu'au sol à l'arrière où il est piqueté. Le vent arrive du côté du pan incliné, l'ouverture est à l'opposé, abritée. Un tapis de sol isole le couchage et un foyer est placé à l'écart, devant l'ouverture. vent face au vent faîtière 1,20 m sol isolé ouverture feu écarté pente 45°
L'appentis ne protège que d'une direction. Dès que le vent tourne, il faut le remonter ou passer en demi-pyramide.

La demi-pyramide

Appelée aussi pointe de charrue. Un seul point haut : un coin de la bâche hissé à 1 m sur un arbre ou sur un bâton, les deux coins opposés piquetés au sol, le quatrième replié dessous pour faire un fond. La silhouette est basse, pyramidale, et ne présente aucune face plate au vent.

C'est le montage à connaître pour les jours de rafales. Il se monte en trois minutes avec un arbre et trois sardines, il encaisse le vent de face comme de travers. En contrepartie, il abrite une personne, pas deux, et on y vit couché.

Le toit plus sol

Quand le sol est détrempé et qu'on n'a qu'une bâche, on la partage en deux usages. Un tiers de la largeur reste à plat au sol, les deux tiers restants montent en oblique vers la faîtière. On obtient un tapis de sol et un toit d'un seul tenant, sans jonction par où l'eau s'infiltre.

Le détail à respecter : le pan au sol ne doit jamais dépasser de la zone couverte. Un bord de bâche qui sort au-delà du toit collecte la pluie et la ramène sous le dos. On replie plutôt ce bord vers le haut sur 10 cm, calé par quelques pierres, pour faire une cuvette inversée.

La pyramide sur bâton

Pas d'arbre : alpage, lande, champ, bord de route. On plante un bâton de randonnée au centre de la bâche (oeillet central, ou pierre enveloppée et ligaturée si la bâche n'en a pas), on pique les quatre coins, on tend les milieux de côté sur deux sardines supplémentaires. Résultat : une pyramide basse, stable dans toutes les directions.

C'est le montage le plus aérodynamique des cinq et le plus pénible à vivre. Le volume est réduit, la condensation s'accumule parce que l'air circule mal, et le bâton central occupe la place du torse. On le monte quand il n'y a rien d'autre, et on accepte de dormir en chien de fusil.

MontageConditionsAncragesLimite
Toit en APluie forte, vent modéré2 arbres, 4 sardinesEncombrant, aucune vue
AppentisVent établi d'un seul côté2 arbres, 2 sardinesInutilisable si le vent tourne
Demi-pyramideRafales, terrain exposé1 arbre, 3 sardinesUne personne, couchée
Toit plus solSol détrempé, une seule bâche2 arbres, 4 sardinesSurface couverte réduite
Pyramide sur bâtonTerrain nu, vent tournant1 bâton, 4 à 6 sardinesCondensation, volume faible

Les erreurs qui font prendre l'eau

L'implantation passe avant le montage. Un abri parfait dans une cuvette prend l'eau par le sol au bout d'une heure de pluie. Cherchez une légère bosse, ou au minimum un terrain qui pend d'un côté, et regardez ce qui se passe cinq mètres en amont : une rigole naturelle, une ornière, un chemin creux qui concentre le ruissellement. Ne creusez pas de fossé autour de l'abri, c'est inutile si le choix du site est bon et ça laisse des cicatrices durables.

Levez la tête, aussi. Branche morte accrochée, arbre penché, cime cassée : ces chandelles tombent sans bruit et sans rafale annonciatrice. Changer d'emplacement coûte dix minutes, le pari peut coûter beaucoup plus.

Les autres fautes classiques, dans l'ordre de fréquence :

  • Toile qui touche quelque chose à l'intérieur. Sac de couchage, dos appuyé contre le pan : la condensation formée sous la bâche passe au contact. Gardez 10 cm partout.
  • Haubans mal orientés. Un hauban doit prolonger la pente du pan, pas le tirer vers le bas ni vers le haut, sinon la toile fait un pli et le pli fait une gouttière.
  • Sardines plantées droit. Inclinez le piquet d'environ 45°, tête penchée dans le sens opposé à la traction, et enfoncez-le jusqu'à la garde. Dans un sol meuble, doublez la sardine ou passez par une pierre enterrée.
  • Oeillet surchargé. Au premier signe d'étirement, on l'abandonne : une pierre ronde posée dans la toile, une cordelette serrée autour en étrangleur, et on tire là-dessus. L'effort se répartit sur dix centimètres de tissu au lieu d'un rivet.
  • Montage trop grand. Plus la bâche est tendue haut et large, plus elle prend le vent. Par mauvais temps, descendez de 20 cm et réduisez la surface exposée.

Où l'on a le droit de tendre une bâche

En France, le camping dit libre relève du code de l'urbanisme (articles R111-32 et suivants) : il suppose l'accord de celui qui a la jouissance du sol, et il est interdit dans plusieurs zones, notamment aux abords des points d'eau captée pour la consommation, sur les rivages de la mer, autour des monuments et sites classés. S'y ajoutent les règles propres aux parcs nationaux et aux réserves naturelles, les arrêtés préfectoraux et municipaux, et les interdictions saisonnières liées au risque d'incendie. En forêt domaniale, le bivouac n'est pas un droit : certaines agences de l'ONF l'interdisent purement et simplement, d'autres le tolèrent dans des conditions précises. Un appel à la mairie ou un coup d'oeil sur le site du gestionnaire avant de partir évite une amende et une discussion pénible.

Le vrai apprentissage

Ces cinq montages ne valent rien tant qu'ils ne sont pas dans les mains. Sortez la bâche dans le jardin ou sur un terrain autorisé, un soir d'automne, lampe frontale sur la tête et gants aux doigts. Chronométrez. Un toit en A propre se monte en cinq minutes, une demi-pyramide en trois. Si vous mettez un quart d'heure au sec et au calme, vous ne monterez rien de correct sous la pluie à 2 heures du matin, avec les doigts gourds et une corde emmêlée.

Tous les articles